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« It is not about making learning happen,

It is about letting it happen. »

Sugata Mitra, 2013.

 

Par définition, l’école est un concept qui réfère à un établissement, un édifice, où un enseignement collectif est prodigué[1]. Mais qu’advient-il lorsque ce haut lieu de la formation remet en questions ses propres frontières? C’est d’une certaine façon ce que pose comme question le projet de Sugata Mitra, enseignant et chercheur émérite en technologies éducatives.

Après son TED Talk en février 2013, plus de 40 000 usagés ont téléchargé sa trousse de départ SOLE (Self Organised Learning environnement) pour mettre en pratique le modèle d’environnement d’apprentissage auto-organisé développée par Mitra.

Près d’un an après l’ouverture de la première école dans le nuage, un espace dans lequel les élèves deviennent co-bâtisseurs de leurs propres apprentissages, l’école comme nous la connaissons est plus que jamais appelée à se métamorphoser.

La première école dans le nuage, celle de Killingworth au Royaume-Uni est aujourd’hui gérée par un comité d’étudiants âgés de 12 ans. Ce véritable théâtre pédagogique est une plate-forme Web, qui connecte non seulement des laboratoires d’apprentissages à des « Grannies Cloud » (enseignants et enseignantes à la retraite qui offrent leur temps et leurs rétroactions aux élèves via Skype), mais qui sert aussi de base de données communautaire pour les praticiens de cette approche. Cette école volatile génère et héberge ainsi une bibliothèque évolutive. En bref, c’est un espace de formation au sein duquel l’entraide et la collaboration dictent à la fois les objectifs et la réussite des apprenants.

Pour la prochaine année, le lancement de six nouvelles écoles dans le nuage est prévu dont cinq en Inde et une en Grande-Bretagne.

Bien entendu, les pratiques de Mitra ne sont pas définitives, mais plutôt, à l’instar de leur modèle, évolutives. Les « Grannies  Cloud » deviendront peut-être tantôt des experts de contenus, tantôt de nouvelles formes de job aid  (aide-mémoire professionnel) conçus par vos propres collègues et disponibles quand et où vous le souhaitez.

Si certains nous suggèreront ici de se garder une réserve concernant l’approche de Mitra puisque ses recherches initiales datent de plusieurs années et ont pu être influencées par l’émerveillement suscité par l’inconnu technologique, il n’en demeure pas moins que l’état d’esprit qui émane du « Trou dans le mur » et de l’école dans le nuage nous permet de penser l’avenir de notre profession et d’esquisser ce que seront les enjeux de la formation de demain, qu’elle soit éducationnelle ou corporative.

Aujourd’hui, comme le rappelle mon collègue Patrick Duperré, on assiste déjà au déploiement de nouvelles formes de salles de cours et d’écosystème de formation basée sur la co-construction des contenus, le partage et l’accessibilité. Deux indices permettent d’observer cette transformation de l’échiquier de la formation et de discerner l’influence d’initiatives comme celle de Sugata Mitra sur l’apprentissage collaboratif :

  • Les modes d’apprentissage (présentiel, asynchrone, social, informel, etc.) se modifient considérablement avec l’accessibilité aux technologies. L’édifice où un enseignement collectif se prodiguait se dématérialise graduellement pour donner lieu à des parcours d’apprentissage numérique diversifiés et modulables. L’environnement de formation devient de plus en plus flexible et adaptable au besoin de chaque apprenant. L’apprentissage évolue ainsi pour être spontané et rythmé par l’apprenant.
  • Les manières de générer et d’organiser des contenus dédiés à la formation ne peuvent dès lors plus se limiter aux canaux de diffusion conventionnels. À l’heure actuelle, un contenu peut se transmettre de multiple façons, mais pour qu’il devienne réellement probant, l’apprenant doit pouvoir participer à sa constitution. Les méthodes pour générer des contenus doivent ainsi tenir compte de la participation de ses usagers.

Une stratégie de formation inspirée par l’école dans le nuage se baserait donc à la fois sur la collaboration au sein d’un écosystème social et sur un paramètre crucial; chaque apprenant est unique. Ce sont là quelques éléments qu’il n’est plus possible de négliger pour quiconque aspire à ériger et déployer une solution de formation solide et viable.

 

[1] Le Petit Robert de la langue française.

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